FC Anjou : plus de 100 000 $ détournés, et si la crise avait été ignorée malgré des signaux alarmants ?
Un détournement de fonds confirmé par le Contrôleur général de Montréal. Une plainte policière que le maire d'arrondissement a dû réclamer avec insistance. Et, en remontant le dossier, des signaux qui reviennent depuis au moins trois ans, sous des formes différentes mais avec les mêmes reproches : gestion opaque, remboursements ignorés, communication rompue. Le cas du FC Anjou pose une question qui dépasse un seul club : combien de temps un problème peut-il rester visible sans être pris au sérieux ?
Le détournement
La Presse a révélé le 18 septembre qu'un ancien dirigeant du FC Anjou aurait effectué des transferts bancaires à son propre bénéfice pour plus de 100 000 dollars, et aurait autorisé des paiements à des proches pour des travaux qui, selon le maire d'Anjou Luis Miranda, n'auraient jamais été réalisés. La personne n'est identifiée dans aucune source, aucune accusation criminelle formelle n'ayant été portée. Elle aurait quitté l'organisation, et seule une partie des sommes aurait été remboursée.
Ce n'est pas qu'une affaire de déclarations. L'arrondissement confirme qu'une enquête du Contrôleur général de Montréal a elle-même identifié des détournements de fonds et des décaissements non justifiés attribués à un individu, une conclusion institutionnelle distincte des propos du maire.
Une plainte a été déposée à la police, mais pas sans résistance interne. Le maire affirme avoir dû insister pour qu'elle soit déposée, alors qu'un groupe du conseil d'administration se serait montré réticent, au point où il aurait menacé de retirer le soutien municipal si aucune plainte n'était faite.
Ce soutien municipal n'est pas mince. Le FC Anjou bénéficie d'un appui matériel et financier évalué à près de 400 000 dollars par année, principalement sous forme de terrains municipaux fournis gratuitement, en plus d'une contribution financière directe de 12 700 dollars approuvée en mai 2026.
Une crise qui ne date pas d'hier
Ce détournement n'est pas apparu dans le vide. Depuis 2022, des membres du club, parents, entraîneurs et joueurs, ont signé plusieurs pétitions distinctes pour dénoncer ce qu'ils décrivent comme une gouvernance défaillante. Ces documents relèvent des accusations et observations de leurs signataires. Ils n'ont pas fait l'objet d'une confirmation judiciaire ou journalistique indépendante et doivent être lus comme tels.
En septembre 2022, un collectif de parents lançait la pétition « Retrait de confiance », qui a recueilli 152 signatures. Les signataires y dénonçaient des intérêts personnels placés devant ceux des enfants, des retards généralisés, l'absence de vestiaires et de toilettes pendant toute une période, un manque de ressources humaines, un bureau ouvert seulement deux soirées par semaine, des démissions massives d'éducateurs et des forfaits répétés d'équipes. Ils réclamaient le départ immédiat de tous les membres administratifs du club.
Le collectif affirmait également qu'une intervention de l'ARS Bourassa avait placé le club sous tutelle sans qu'une assemblée générale extraordinaire n'ait adopté la résolution aux deux tiers qu'ils jugeaient nécessaire pour la justifier selon les règlements de l'association. Une assemblée générale extraordinaire tenue le 2 octobre 2022, à laquelle auraient assisté 86 des 98 membres du club, aurait été annulée en raison d'irrégularités dans son organisation, en présence de représentants de l'arrondissement et du président de l'ARS Bourassa.
Trois ans plus tard, en juillet 2025, trois nouvelles pétitions distinctes émergeaient à quelques jours d'intervalle, signées séparément par un collectif d'entraîneurs, un collectif de parents, puis un groupe de joueuses. Ces documents dénoncent à nouveau une désorganisation progressive, une communication jugée absente entre la direction et les familles, et une gestion financière que les signataires qualifient de catastrophique et sans transparence. Plusieurs signataires y décrivent également un climat qu'ils jugent irrespectueux et dégradant envers certains membres, sans que ces observations n'aient pu être vérifiées de façon indépendante.
Une quatrième pétition, portée par un collectif plus large, recueillait des dizaines de témoignages individuels sur des thèmes similaires : équipement non livré, formations d'entraîneurs payées de leur poche et jamais remboursées, matériel de premiers soins absent, vestiaires inexistants, et l'affirmation que le club fonctionne depuis des années sans aucun commanditaire.
Un diagnostic qui remonte plus loin
Un témoignage publié en octobre 2025 sous l'une de ces pétitions, signé par une personne qui se présente comme membre actif et ancien responsable technique du club, situe le problème bien au-delà des dernières années. Selon ce témoignage, la gouvernance défaillante du FC Anjou ne daterait pas d'aujourd'hui, mais d'une vingtaine d'années, des administrateurs se succédant pour des intérêts personnels plutôt que pour le club, ce qui aurait causé une instabilité et des conflits récurrents à travers le temps.
Cette affirmation, comme les autres, reste un témoignage individuel non vérifié de façon indépendante. Mais mise en parallèle avec des pétitions séparées de 2022 et de 2025, dénonçant chacune des reproches similaires sous des directions vraisemblablement différentes, elle soulève une question qui dépasse la seule affaire du détournement financier : celle d'un problème structurel plutôt que d'un simple accident de parcours.
Ce qu'on ne sait pas encore
Le lien entre la crise de 2022, celle de 2025 et le détournement révélé en 2026 n'est établi par aucune source indépendante à ce jour. Rien ne confirme, non plus, que les mêmes individus sont visés d'une période à l'autre. Ces épisodes pourraient être des crises distinctes, ou les symptômes répétés d'une même fragilité organisationnelle. Le dossier disponible ne permet pas de trancher.
Le cas soulève tout de même une question plus large. La gouvernance du sport amateur québécois repose en grande partie sur des conseils d'administration bénévoles, avec une supervision financière minimale d'un palier provincial ou fédéral. Ce modèle fonctionne dans l'immense majorité des cas. Mais si un club comme le FC Anjou a pu accumuler des signaux publics pendant trois ans avant qu'un problème financier majeur ne soit officiellement confirmé, la question se pose légitimement : combien d'autres organisations sportives, moins visibles ou moins médiatisées, vivent des situations similaires sans qu'aucun signal n'en franchisse jamais les murs ?
Au moment de la publication de cet article, Soccer Québec, à qui plusieurs de ces pétitions étaient explicitement adressées en 2022 et en 2025, n'avait émis aucune déclaration publique sur la situation du FC Anjou.
Le club tente un nouveau départ
Le FC Anjou a réagi publiquement le 21 septembre, précisant que les personnes impliquées dans les irrégularités ne font plus partie de l'organisation. Le club affirme vouloir prendre un nouveau départ, avec une nouvelle page sur les réseaux sociaux, un nouveau conseil d'administration, une nouvelle direction technique et de nouveaux partenariats annoncés pour 2026.
Malgré ce dossier étalé sur plusieurs années, le FC Anjou demeure un club reconnu par Soccer Québec, dans la catégorie « Reconnaissance régionale », sous l'ARS Bourassa.
Le FC Anjou n'a pas répondu aux demandes de commentaires de La Presse au moment de la publication de son article.
Informations compilées à partir de l'article de La Presse (Philippe Teisceira-Lessard, 18 septembre 2026), des documents officiels du conseil d'arrondissement d'Anjou, de la liste des clubs reconnus de Soccer Québec, du reportage de CBC (8 décembre 2025), des communications publiques du FC Anjou, et de plusieurs pétitions publiques signées par des membres du club entre 2022 et 2025. Le contenu de ces pétitions est attribué à leurs signataires et n'a pas fait l'objet d'une confirmation indépendante.